Stockholm, à partir du 21 décembre, c'est globalement une température extérieure de -7 degrés en moyenne et dix à quinze centimètres de glace dans la rue si elle n'est pas régulièrement sablée. Parfois moins, parfois plus. C'est un ciel parfois blanc de neige, parfois bleu, toujours glacé. Les branches d'eau qui séparent les îles se solidifient peu à peu là où les courants sont les plus faibles, c'est-à-dire principalement côté lacs et non côté Baltique.
C'est dès la mi-novembre que toute la ville semble se préparer aux grands froids : les voitures revêtent leurs pneus cloutés, bientôt suivis par les vélos; les bacs qui servaient à recueillir les feuilles mortes se remplissent de sable; tout le monde chausse ses montantes et amène une paire de chaussures d'intérieur à son lieu de travail pour ne pas étaler de neige fondue de part et d'autre du bureau. Dès les premières glaces, les mini chasse-neige se mettent à sabler et dégager trottoirs, promenades et chaussées; le personnel de la ville s'occupe des passages piétons tant bien que mal, les automobilistes sortent leur kit de balai/brosse/grattoir pour désenneiger leur voiture chaque matin. Tous les propriétaires des immeubles contactent les services d'entretien des toits en prévention des chutes de glace qui, chaque année, blessent parfois gravement quelques passants qui oublient de marcher à une certaine distance des murs. Il est édifiant de lever la tête et d'observer les stalactites de glace d'un bon mètre vingt qui se forment près des gouttières en une nuit autour de zéro degrés. Preuve photographique dès que possible.
Le paysage de la ville change donc radicalement en quelques jours. Le trottoir devient rapidement invisible sous les multiples couches de glace qui lui donnent un relief chaotique et qui donnent du fil à retordre aux piétons non-initiés ainsi qu'aux petits chiens aux yeux globuleux, un brin démunis. La même glace atténue la différence de hauteur entre trottoir et chaussée. La neige ne manque pas une occasion d'absorber tous les signaux visuels mais aussi sonores, habituellement envoyés par la ville. En résulte une perte de repères assez dépaysante, et même séduisante. Les piétons, cyclistes et automobilistes se retrouvent soudainement à progresser dans un espace commun où la hiérarchie des voies a disparu, où chacun se doit d'être attentif à sa propre démarche sous peine de tête-à-queue ou de simple chute sur les fesses. Le tableau est blanc et lumineux, le son est mat, les bruits sont absorbés, le sol est homogène mais chaotique, les utilisateurs sont tous également attentifs. Et dès la moindre tempête de neige où la visibilité ne dépasse pas les cinquante mètres, la sensation devient réellement de l'ordre du rêve.
Alors forcément, un paysage pareil donne de l'inspiration. Depuis que la neige est arrivée, on peut observer des enfants rentrant de l'école, tractés sur une luge par leurs parents, on croise même parfois des passants en raquettes, voire en skis. Vitaberg, en face de chez nous, est le rendez-vous des amateurs de luge. Ces luges peuvent prendre la forme d'une technique pièce en ABS thermoformé dotée de freins et d'un gouvernail, d'un simili-couvercle de poubelle (solution pour laquelle j'ai opté), ou bien sûr d'un sac poubelle, d'un bout de tissu, ou d'un bout de carton d'électroménager.
J'ai d'ailleurs testé pour vous de multiples manières d'utiliser sa luge "couvercle-de-poubelle". Et plus particulièrement la descente via escaliers enneigés qui, si elle paraît séduisante et ne pose aucun problème sur 90% du parcours, peut s'avérer un brin douloureuse pour peu que la dernière marche ne se pour l'occasion transformée en tremplin. Croyez-en mon coccis.
dernière image connue de mon squelette non multifracturé [ t-0,4s ]
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