mardi 10 novembre 2009

Rendu de phase 2.

Aujourd'hui, un extrait des maxis de Radiohead sortis autour de l'album Amnesiac, en 2001. Ces maxis regroupent une petite quantité de perles d'expérimentation soniques, éléctroniques, analogiques et vice-versa, parfaitement dosées avec ce qu'il faut de chaleur humaine et de mystère. Fast Track, ma préférée du lot, est une sorte de petit voyage psychédélique, sombre et cartoon en accéléré dans un tunnel sous-terrain, au milieu de créatures et de matières pas réellement effrayantes, mais pas réellement humaines non plus. C'est abstrait, extrêmement riche et vraiment très prenant.


Fast Track - Radiohead - 2001



Comme beaucoup, j'ai fait le choix de réaliser mon stage dans un studio de design de mobilier, mon objectif étant de tenter une expérience complémentaire à celle suivie à l'école, à savoir un cursus de design industriel, où le canon de réussite travaille dans un bureau de design intégré dans une entreprise. Il est entendu que les deux mondes sont loin de s'opposer sur tous les plans, mais il y a tout de même des points réellement nouveaux pour un étudiant bien habitué à suivre sa méthodologie "industrielle", notamment celui de l'aboutissement technique.

Toutes les entreprises prennent part dans la définition finale de leurs produits, et le font depuis plusieurs dizaines d'années. Le postulat est donc qu'ils savent résoudre des problèmes techniques, imaginer des systèmes de fixation, intégrer des pas de vis, donner les dimensions standard des moyens de clipsages, donc à quoi bon essayer de le faire à leur place ? Un suivi au niveau des phases de finalisation et d'industrialisation suffit.

Les éditeurs de mobilier haut de gamme (les géants Capellini, Cassina, Poltrona Frau par exemple) sont des entreprises d'artisans. Leurs ouvriers sont extrêmement qualifiés et leurs dirigeants sont des amoureux du noble design: l'entreprise est bien souvent ravie de prendre part dans l'élaboration du produit. Un projet finalisé pour être présenté à une entreprise de ce type sera parfois loin d'être parfaitement réaliste techniquement parlant, bien souvent les matériaux ne sont même pas définis. On passera des semaines à torturer proportions, lignes et arêtes pour au final laisser les incohérences techniques aux artisans amoureux du défi technique. Le dialogue du suivi se fait entre amoureux de la chose bien faite et est extrêmement respectueux du dessin original.

Pour les étudiants de l'école de design : un projet présenté à une entreprise équivaut grosso modo, en termes d'exigences techniques, à un projet de fin de phase 2.



Mon point de vue de stagiaire idéaliste qui a bien suivi ses cours, est qu'il est dommage de considérer systématiquement ces difficultés techniques comme des éléments venant changer la forme au dernier moment. Dans ce schéma, il y a dans un premier temps le fantasme du designer, poétique, beau, parfait sur le papier, qui est par la suite rationnalisé par l'entreprise et le travail de l'artisan. Et pour finir le designer passe une fois de plus derrière pour arrondir les angles de cette rationalisation: on se retrouve au final bel et bien avec un produit beau et cohérent, qui s'accroche au mur sans que cela entache son identité. Mais dans un monde parfait où le designer travaillerait effectivement avec l'artisan ou l'industriel, ou mieux, s'il était les deux à la fois, le dialogue entre les deux pourrait s'effectuer en permanence, et non au gré de suivis ponctuels. Les contraintes de réalisation peuvent être prises en compte dès le début du processus créatif. Dès lors, le système d'accroche pourrait devenir participatif de la beauté de l'objet, et non juste "pas moche".

Tout ceci peut paraître tout à fait banal pour quiconque a bien écouté ses professeurs à l'école, mais la seule distance géographique entre l'atelier de conception et l'atelier de production est déjà une entrave à une éventuelle fusion des deux. Le circuit des marques ne rend pas cette fusion impossible, il suffit de jeter un œil aux dernières éditions d' Established&Sons par exemple pour comprendre le concepteur fait parfois un tour dans l'atelier. Mais il est intéressant d'observer que cette démarche n'est pas naturelle en tous lieux, loin de là.

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